L'amour ne fait pas mal

Mis à jour : juil. 16

Par Brigitte Mary, fondatrice de la Boite à Aider.


Aujourd’hui, tu le sais l’amour ne fait pas mal…Tu ne dis pas que tu n’auras pas le coeur lourd de larmes quand tu penses que lui et toi ne serez plus…Et tu te dis, apaisée, que sur vos terres pousseront après lui, après toi  encore vos plants résistants. Tu n’es pas toi grâce à lui. Tu es toi avec lui…Il n’a rien changé, ni cherché à modifier, il a nourrit de ses mots, de ses gestes, de son intelligence, la terre asséchée sur laquelle ne s’épanouissait qu’une part de tes ressources.



Tu as compris…Non l’amour ne fait pas mal, et pourtant tu as eu si mal en aimant longtemps…Non l’amour ne fait pas mal, c’est toi qui aimais mal, qui t’aimais mal , et l’autre était ton partenaire idéal. L’IDEAL…Voilà un coupable indéfendable…Nos idéaux, concepts et préjugés, croyances, hérédités, scénarios figés, vous êtes nos errances. 


L’amour est la part fertile de ton humanité : là tu cultiveras ton semi, construiras ta maison pour ton passage ici. C’est un sol propre à toi, un espace où ne s’élèvera que ce que le substrat de ton âme autorise. Tu as cru que certain(e)s étaient en droit de semer leurs graines arguant de leur légitimité familiale, que leur greffe prendrait sur tes origines. Tu as supporté leur culture forcée, laissé creuser des sillons trop grands pour toi. Tu as beaucoup produit pour nourrir les rêves d’autres, de tes parents, de tes ami(e)s, de ton pays, de ta société ou par opposition à leurs désirs. 

Ton âme s’est mise de côté, à l’orée de ton espace, presque étrangère, tu regardes les autres ignorer tes forces naturelles…Par exemple petite, on a retourné ta terre, et on a choisi d’y cultiver l’atavisme des femmes de ta lignée : la disponibilité, la bienséance, la position basse d’une femme qui ne savait pas entretenir sa matrice, sans cet homme, fort, courageux, guidant éduquant, protecteur…Sans lui, on te racontait que tu serais en friche, sans valeur, et cela devait être vrai puisque Cendrillon, Blanche Neige, la Belle aux Bois Dormant, les princesses consorts cachaient tous les autres possibles,  à grand coup d’histoire « d’amour ».

L’amour c’était donc cela… il fallait passer par la sorcière, l’épine, la mort de sa mère pour le mériter?


L’amour se mérite donc…? 


Tu as mal, c’est normal ! C’est le prix à payer pour être aimé(e) ou pour avoir un joli jardin bien arrangé, une terre cultivée.Tu es triste ?  Ca va passer !  Il ne te trompe pas, ne te bat pas … c’est déjà bien !Tu ne ressens plus rien? L’amour a ses saisons, l’hiver tu sais rien ne pousse ! Ton corps ne veut plus l’inviter? C’est ainsi pour beaucoup d’entre nous, il a un droit d’entrée, c’est implicite depuis le début ? Quel début ? La nuit des temps…


Et Toi, tu ne veux plus être triste…Tu ne veux qu’une seule saison : celle du printemps...Tu as froid, le soleil ne se lève plus depuis longtemps, tu as besoin d’ouvrir ton corps, plus grand encore, l’attendre et s’impatienter…Tu veux continuer à être aimé(e) et que les autres voient la beauté de ce jardin si bien entretenu…Tu veux ton conte de fée à toi…tu persistes… Tu décides de continuer à produire plus encore, d’utiliser tous les moyens pour intensifier la récolte jusqu’à l’utilisation d’intrants pour qu’elle soit plus belle, plus dense, plus extraordinaire.


Tu ignores une fois encore que l’amour s’anoblit de  simplicité.


Alors tu choisis,  un autre que celui qui te quitte ou que tu sépares de toi, un plus grand, plus fort, plus vibrant, plus riche, plus drôle plus, plus…. du PLUS partout. Tu veux un prince charmant qui te permette d’être la princesse qui sait souffrir parce qu’être aimée par cet homme se mérite…Tu vas réussir cette fois ci… mieux que les femmes de ton sang. Pourtant intuitivement tu le sais… la tâche va être plus rude; bien plus rude… tu as de plus en plus peur de ne pas savoir faire sans cet autre, tu veux te défier, te venger, prouver que toi aussi l’amour t’a choisi...Tu vas mieux supporter le mal(e), gérer ta tristesse, ne plus ressentir, te couper de toi... tu vas apprendre à vivre avec ses froids, pour apprécier sa chaleur, normaliser son absence pour aimer sa présence, accepter ses silences pour choyer ses mots…



Et là, Tu vas tomber....

Tu vas  être décorée d’un mérite, sans gloire et sans honneurs, assortie d’un galon de tristesse, ornée de bleues, tapie de honte… Tu vas mourir au combat, pour défendre une terre que d’autres ont cultivé,  que tu n’as pas porté souvent à tes lèvres, comme à ton coeur… En connais-tu seulement le goût ?

C’est fait, tu es en haillon, laminée, les  idéaux en petit morceaux à genoux sur ton sol, sous toi en toi, sur l’infime parcelle de ce bout de vie qu’il t’a, qu’ils t’ont laissé, que tu as sauvé. Tu vas te récupérer et te relever… ton regard ne nie plus le désastre, tu ne plus te mentir, ce que tu vois autour de toi envahit par les autres, est à toi, à nul autre.


Et c’est  maintenant, que tu écoutes, ce que je te dis…

 




Je voulais être en paix

je saisissais le message subtil que chaque petit bout de moi m’adressait : LA PAIX… M’assoir dans mon jardin et Etre. Je ne voulais plus craindre tes pas dans mon allée, ne plus me frotter à la toxicité de tes essences, ne plus me courber forcée à ramasser ce qui ne m’appartenait  pas. Je voulais être juste avec moi et toi en paix. Ma gentillesse ne s’apparente plus  à de la soumission, à un masque d’adaptation, à une séduction, elle sera l’expression de la justesse et du coeur… Et ne servira plus de terreau à la sarclure. Je sais que l’amour ne me fera plus mal; Je ne peux pas réparer l’histoire des miennes ou rester en appartenance…un temps de jachère, long ou court, qu’importe, il m’a servi.

J’ai pris soin d’expliquer à mes amis, parents que je souhaitais ne plus les voir amender, et façonner mon  terreau…

Fini les conséquences de l'intensification de l'agriculture qui ont causé de profondes modifications sur mon écopaysage, 
affecté mon microclimat, en particulier mes cycles et la qualité de ma vie.


Et je t’ai rencontré, et tu ne touches à rien de mon  paysage, tu m’accompagnes si je te le demande. Nous choisissons ensemble, la tendresse, les rires, les larmes que nous préférons voir pousser sur nos terres respectives, et celles que nous avons défini comme commune. Tu viendras, je viendrai,  parce que c’est bon de le faire à deux sans ascendant, ramasser la récolte, et on s’émerveillera de la beauté de ce qui pousse, grandit en Nous.


Sans fard, sans faste, aucune magie… ni d’exception, j’ai pris acte de l’infini préciosité avec Toi, de la pureté, du presque divin sentiment qu’on a tant de mal à décrire…qui est pour moi comme pour toi aujourd’hui, cet conscience de soi et de l’autre, dans un espace de création intime et respectueux que nous appelons ensemble l’amour.

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