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Encourageons-nous à être Géniaux !

Mis à jour : juil. 16

Nous vivons un monde où l’obligation d’être heureux conduit nos douleurs à s’exprimer à mots tapis, faisant exploser nos âmes sous le poids d’une bienséante réussite, de permissions convenues…


Nous regardons trop par la fenêtre la vie des autres, écoutons avec trop d’attention l’écho de leurs avis sur nos vies, sans tendre notre esprit vers notre intérieur… Et pourtant selon Jung, il existe en nous, un génie, qu’il nomme le Daimon !

DAIMON signifie en grec le DEMON… Ni bon, mauvais, il est pour Aristote… la partie la plus élevée en nous, une vertueuse composante.

Jung dira du Daimon (archétype) qu’il chuchote depuis notre inconscient… il est la voie de notre intuition, qui la mène à nos désirs, nos envies… Lorsque nous cessons de croire que notre miroir reflétera un autre que nous, de nous caler à ce que les autres veulent de nous, nous osons libérer notre espace. Peu de choix seront aussi décisifs que celui de laisser la place à notre part de Magie. Pour faire face aux différences, différends, aux variations, aux tonalités, nous rassurons nos peurs en choisissant de ranger dans un tiroir étiqueté tout ce qui s’exprime à l’envers … Nous posons un adhésif qui collera si fort à la singularité qu’elle finira pas faire taire sa voix. Le tout égalitaire nous demande de vivre toutes et tous sur un accord qui peine avec ses bémols, et ses dièses . Nous aseptisons le goût de nos pleurs, assourdissons nos silences, desséchons nos rebellions, normalisons nos écarts, récurons nos âmes à grand éclat de lumières, de spiritualité, de fantastiques et de permissifs déculpabilisants Non, nous ne sommes pas conformes les uns aux autres, nous ne sommes pas invariables et constants… Certains se nourrissent d’un monde plein, sonore, tactile. Quand d’autres se restaurent dans les espaces vides, sans écho… Les uns s’éveillent par le corps, et leurs frères épaississent leur matière par l’esprit… Tu ris, quand je pleurs. Tu es fort, quand je sombre. Tu danses quand je m’apaise. Tu es mère et je suis père. Nous craignions d’être ce « quelqu’un » que notre entourage ne comprend pas ! Peut-être que nous nous comportons sans prendre soin de présenter notre génie à ceux qui nous sont proches. Savoir que ce génie existe est une chose, encore faut il lui donner la place … Lui accorder ses vertiges, lui autoriser sa liberté, travailler pour ouvrir les voies, se permettre les décalages…


Ce que je pense, est que l’espace ne doit pas être exclusivement réservé à notre créativité, à nos positions engagées, à nos indignations. Je crois que pour que nos âmes ne tombent pas malades, elles ont à écouter leurs besoins de couper, de craquer par moment, de perdre, d’échouer… Il leur est nécessaire de rendre hommage à leurs traits sombres, ce que nous vouons aux gémonies… Merci culpabilité de m’avoir parfois permis d’être un filtre sécurisant. Merci colère pour avoir poser une limite. Merci lâcheté car sans toi je serai morte, Merci égoisme, tu m’as enseigné l’importance de donner à ceux que j’aime. On attribue deux termes aux comportements des personnes autistes les « shutdown » et le « meltdown »… le premier s’apparente à une sensation d’exploser qui n’arrive pas à s’exprimer, le deuxième à un effondrement, qui s’extériorise en crises, colère et panique… Mais dans les deux cas : c’est une impossibilité à connaitre ses limites, à les respecter - une exposition à une trop grande sur-adaptation.

Je peux déjà entendre certains arguer : « oui mais il s’agit d’autistes ! » Ce à quoi je répondrais c’est un fait, et pourtant pour beaucoup ne pas avoir l’étiquette « diagnostiqué », éloigne du justifiable et rend condamnable ! …

Une connotation bien triste au regard du nombre de personnes qui pour vivre différent doit avoir un tampon de validation. Je rajouterai, que ces états se retrouvent chez les atypiques, hypersensibles, HP, HPE, APIE et bien d'autres . Car pour beaucoup, nous avons de fâcheuses difficultés à nous apprécier, à nous accorder à l’impression du moment et à autoriser l’autre nous regarder dire « je n’y parviens pas  ! » …. En portant la responsabilité de notre impossibilité ! Oui car il reste une épreuve majeure, celle d’éviter de reprocher à l’autre, de nous empêcher, de nous contraindre, de nous ligoter alors que nous lui avons nous même suggérer de dresser des murs hermétiques, voir nous nous étions encordés à lui avec nos propres liens d’attachement. Bien sûr, la pensée requiert des nuances quant aux viols, violences, abus… Dans tout travail de récupération, de bonheur, de résilience, il semble important toutefois de poser le mot responsable, de rendre justice, et de ne jamais , malgré la grande difficulté, se déposséder de son pouvoir d’agir, de réagir …

Jung parlait d’eudémonisme comme d’une floraison interne, c’est un bonheur reposant sur soi, sur son développement personnel… je crois en cette idée, car il s’appuie sur cette phrase inscrite dans le pronaos du temple d’Apollon à Delphes : « connais-toi toi-même ». Aussi parce qu’elle entend qu’il ne suffit pas de boire une boisson gazeuse pour être heureux, ou de quelques artifices, de grand coups d’illusion…Il n’y pas d’impératif au bonheur, ni de recette et personne miracle … Que la joie n’est pas un consommable, une parure de mode,

Si L'eudémonisme place comme valeur fondamentale le bonheur, il n’est pas forcément à opposer à l'hédonisme qui se fonde avant tout sur le plaisir. L'un n'implique pas forcément l'autre et les deux ne sont pas forcément contradictoires non plus. Pour moi, c’est autre chose, une liberté qui nous rend fière et une fierté qui nous rend libre. Un travail qui se récolte à la force de la foi et de la justesse. Nous ne serons pas ce que d’autres attendent de nous ( ceux qui n'osent plus espérer d'eux même)… une jeune file de 18 ans prend le temps de s’éprouver aux sons du monde, de maitriser sa mélodie, quand d’autres investiront à ce même âge une profession, un avocat deviendra artiste peintre, quand un peintre parcourra les terres pourpres pour défendre de grands causes…


aucun n’abandonnera son talent bien au contraire, ils feront le travail de tout apprenti, ils apprennent de la vie, posent sur son métier leur motivation et leur effort, tout autant que leur échec et leur douleur, leur foi et leur détermination comme leur peur et leurs pleurs; le moins facile est ce retour vers soi, respectueux, honnête, humble et prêt à entendre d’autres vérités que la sienne.


Notre liberté s’arrête quand l’autre perd la sienne… par forcément quand celle de l’autre commence. Ainsi encourageons nous à être géni(aux)!

Brigitte Mary

neurothérapeute - psychothérapie - post-trauma/ développement de la résilience

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(1) Le latin genialis, d'où génial, vient de genius, dont le sens est bien établi par la locution indulgere genio, se livrer à ce qui plaît.Lat. genialis, de réjouissance, de fête, nuptial, abondant, fécond, de genius, génie, le démon.


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